03 septembre 2006

bouguereau_049

Lucas baisse le nez selon un angle bien précis. Sa position dans son fauteuil ne laisse rien au hasard. Ni trop droit, ni affalé, tout est étudié pour ne pas capter l’attention du Big Boss. Pas de mouvement brusque non plus, oscillation apaisante du stylo. Technique que Lucas a emprunté inconsciemment aux charmeurs de serpents. Pour le moment ça marche, c’est son collègue Jérémy qui est propulsé sur le « plongeoir » . Dans l’assemblée, quelques requins en costard-cravate qu’il va falloir apater avec une idée bien saignante. Lucas, lui, a conscience que son cahier est dangereusement vide.

Son esprit tourne mais à sec. Il faut dire que son imagination a été cambriolée récemment. Une séparation un peu brutale, sa dernière petite amie n’a pas lésiné, il commence juste à ramasser les morceaux et n’a pas encore retrouvé le « C » de « Confiance en Soi ». Pour lui l’amour est une arnaque à grande échelle. Une couverture pratique pour une entreprise céleste spécialisée dans la démolition individuelle.S’il mettait la main sur ce con de Cupidon qui envoie des flèches à tort et à travers… Il est encore tout frémissant d’une colère contenue quand sa main s’empare d’autorité de son stylo et martèle sur son cahier : « On va voir si tu peux faire mieux. J’ai mis les flèches dans ton congélateur. Attention, toujours les conserver à basse température et les sortir juste une heure avant pénétration. Viser l’âme ( fesse gauche).Je prends des vacances bien méritées, inutile d’essayer de me joindre. Bien à toi, ce con de Cupidon ». Le stylo glisse de sa main et retombe dépossédé sur la table.

Lucas lit et relit ces quelques lignes, le nez allourdi par l’incrédulité sondant l’encre et les mots. Cette putain de feuille…. C’est le cas de le dire, elle était vierge y avait pas 5 secondes ! c’était pas son texte qui était couché là. Il était pas fou quand même !

Le Big Boss alerté par le changement de signaux visuels émis par Lucas l’interpelle :

-         On dirait que l’idée de notre ami vous donne des sueurs froide. Vous avez quelque chose contre les cartes postales métamorphes ?

Lucas perdu, voit dans les mains de son collègue le prototype d’un avion prédécoupé. Il monte à son tour sur le plongeoir qui vu de plus près est terriblement savonneux.

-         J’ai toujours adoré fabriquer des avions en papier quand j’étais petit. Ça m’aurait plu de recevoir une carte et de pouvoir jouer après avec. C’est super Jérémy, dis-t-il en mettant toute la conviction possible dans sa voix.

-         Ravi de vous savoir des notres. Et si vous nous faisiez partager votre idée à vous ?

L’intéressé bafouille :

-         c'est-à-dire que le prototype n’est pas encore prêt…

-         Qu’a cela ne tienne, mettez nous déjà l’eau à la bouche, nous vous écoutons.

Lucas a soudain l’impression qu’une Muse lui enfonce une piqûre géante dans la fesse gauche et ça fait un mal de piqûre géante ! Il réprime la larme qui va avec . Il crie presque :

-         J’ai pensé au marché de la St Valentin. Quand on ouvre la carte il y a un mécanisme qui envoie une flèche de Cupidon!

Le Big Boss est surpris. L'idée est bonne mais il n'attendait pas Lucas sur ce terrain là. Il sait qu'il vient de se faire plaquer et le retrouver l'âme romantique et la fleur bleue au fusil ...

Posté par Y_Woman à 16:42 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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